T’es là, t’es bien, t’es au grand air, le vent souffle sur la Charente-Maritime qui n’est pas encore Armoricaine et sur la digue exposée aux vagues en colère. T’es pas en colère, toi, tu te dis que le plus dur est fait puisque les jours commencent à rallonger. C’est la nouvelle année, alors t’as pris de bonnes résolutions. Pour moi, une seule résolution : surtout ne pas en prendre. Quand tu t’es fait avoir plusieurs fois, forcément, tu te méfies. Ça sent bon la marée montante, sur cette digue. Pour un peu tu la chanterais, la chanson, qui parle de Nantes et de Montaigu, la digue, la digue…

Les rumeurs vont bon train, à quelques jours de la conférence de presse de notre Président. Il se murmure qu’on lui aurait fait lire le chapitre deux de mon livre*, "Un délicieux millefeuille", et qu’il devrait aborder la question… C’est toujours comme ça avec les hommes politiques, qu’ils soient à bâbord ou à tribord. Ou planqués dans le carré pendant que les mousses manœuvrent dans le cockpit et sur le pont : ils sabordent les questions… Mais mille millions de mille sabords, c’est tout ce qu’on t’apprend, à l’ENA, rester bien au chaud dans les paradigmes, les certitudes, le confort et la volupté ? Sur le pont, on ne t’a pas vu beaucoup à la manœuvre et au rappel.

 Ça ne te viendrait pas à l’idée de passer à l’abordage et d’apporter des réponses ? Du concret, du visible, du "perceptible", qu’on puisse saisir sans avoir besoin d’un télescope, bon sang de bonsoir ! Surtout que, si le soir n’est pas clair, on va encore t’entendre dire que la crise est plus profonde que prévue à cause de la couverture nuageuse.

Tu me connais, je suis un irréductible optimiste, ma devise c’est "En notre hexagone j’ai confiance". Tout en m’éloignant de la digue qui commence à m’envoyer des embruns mouillés-salés, je me dis que dans cinq jours, j’y verrai un peu plus clair dans mon avenir de compatriote tricolore : va bien falloir que tu tiennes compte de l’opinion… de la situation financière catastrophique de notre beau pays… des notations des agences… de mon pouvoir d’achat à la dérive depuis qu’on a adopté l’Euro. Jusqu’à maintenant, tu as fait diversion en nous proposant l’Ayrault. Comme monnaie d’échange, c’est encore moins reluisant qu’une pièce de deux centimes immergée dans un verre de Coca toute une nuit. Ce n’est pas sûr que Bernadette veuille changer avec Jacques, son vrai héros, pour le coup. Mais la pièce, brillante ou pas, elle la prend volontiers en râlant quand même un peu parce qu’elle n’est pas vraiment jaune.

Je me renferme chez moi, ça tombe bien, je ne sens pas le renfermé. Je démarre mon ordinateur, je me connecte sur Twitter, et là, devant mes yeux hagards, incrédules, révulsés, ébahis, la nouvelle, LE tweet du jour. On connaissait le cumul des mandats, voici sur Closer le cumul des genres. Duhamel doit se retourner dans son hamac : Cul dans Closer, cul par terre !

La comparaison avec le tweet d’une certaine V.T. le 12 juin 2012, à 11h56 (si ma mémoire est bonne) ne laisse aucun doute sur l’effet de souffle que celui-ci va produire. On va sûrement compter de nombreux cas de crise cardiaque, on va assister à une panique générale, les bourses (… !) du monde entier vont être sérieusement impactées, les enfants vont pleurer, les chiens hurler à la mort de nos dernières illusions.

Me comprends-tu, lecteur bien-aimé. Aurais-tu toi-même imaginé l’impensable ? Ah bon, tu t’attendais au pire ?...! Comme ça tu n’as que de bonnes surprises, au fond.

Il faut s’attendre à tout, avec cette classe politique, tu l’as tellement habituée à prendre ses aises, à tout décider à notre place sans jamais nous consulter, sauf lors des scrutins au cours desquels tu essayes de choisir le "moins pire". On a tellement laissé faire, toi et moi et beaucoup d’autres, que depuis quarante ans on se fait raser gratis et parfois même tondre. Y-compris ceux qui devraient être dispensés, Louis Bodin, Jean-Michel Apathie et François Lenglet par exemple. On a laissé la politique s’accaparer tous les pouvoirs, squatter les plus beaux palais, faire carrosse, liesse et bombance, comme au temps béni de la Royauté. On a coupé les têtes, elles ont repoussé ! Notre classe politique, de tous bords, de la droite bien élevée dans les beaux quartiers jusqu’au dernier et extrême socialo-démocrato-communo-humaniste (juré-craché-promis, la vérité si je mens 1, 2 et 3), vit comme au temps des Louis, des Charles et des Henri. Oursin dans le Caviar, foie gras, homard thermidor, ris de veau aux truffes, chevreuil grand veneur… le tout arrosé de quelques Châteaux bien nés dans le Médoc, en Bourgogne ou Côtes du Rhône. Champagne ! A tel point que la plupart de ces hommes et femmes ne peuvent plus comprendre dans quelle situation tu (sur)vis, toi, ta famille, tes amis et toutes tes relations normales.

Nous y voilà. Tweet : relations pas banales et liaisons dangereuses d’un Président normal.

Je suis dépité, outré, choqué, insulté, moqué, nargué, horrifié, bafoué, dénigré, cocufié, comme tous mes compatriotes qui ont encore le vrai sens normal des vraies valeurs simples.

Ne pas être capable de se contenter de ce que l’on a, surtout quand on en a plus qu’il n’en faut, ce n’est pas le fait d’une personne normale. Rien ne manque dans le frigo, la bagnole est toujours neuve et opérationnelle, le chauffeur est toujours prêt, le train attendra un peu s’il le faut, la retraite est largement assurée, l’avion tourne déjà pour emporter le Président et tout son beau monde vers des résidences confortables.

Ne pas avoir la capacité de concentrer toute son énergie sur la mission confiée par un pays pour cinq ans, ça me dépasse totalement. La charge de Président de la République devrait être hautement honorifique, elle devrait transcender son titulaire. A condition d’en saisir la portée. Mais notre François, qui n’est pas le premier, est resté en bas de l’échelle des valeurs. Son honneur ne semble pas avoir été atteint. Gâteries et goujaterie…

Certains commentateurs et observateurs avisés de notre vie publique osent avancer le caractère sacré de la vie privée, s’offusquent de cette divulgation et auraient préféré que rien ne filtrât de la vie cachée de François le magnifique. Sans doute parce qu’ils en tirent quelques substantiels avantages… Il ne manquerait plus qu’on le porte aux nues ou qu’on veuille le faire entrer au Panthéon. Sans pantalon et en scooter ?

Tu vois, François, moi qui aime bien rire, je ris beaucoup moins depuis le jeudi 9 janvier 2014. J’aurai à nouveau de l’estime pour la fonction de Président quand tu pourras avoir de l’estime de toi-même et être digne de l’estime des autres. Tu es resté bloqué au premier étage de la pyramide de Maslow à laquelle tu n’attaches aucune importance.

J’étais énervé, je deviens révolutionnaire.

Post Scriptum : la facture des dégâts à l’Elysée, on la met à quel nom, dans cette affaire privée ?

 *  http://livre.fnac.com/a6499124/Alain-Noel-Tout-ca-ca-m-enerve-et-toi

0123c