SNAG-11

Lettre ouverte à l’anticyclone des Açores

     A force de laisser passer les dépressions, tu finis par nous faire déprimer et tu permets à la récession de s’installer. Franchement, il te suffirait de montrer un peu plus le bout de ton nez, en haut et à gauche, pour que la croissance de température et de beau temps s’installe chez nous. A qui donc obéis-tu pour laisser passer ces trains de nuages chargés d’eau lourde et humide ? A quel lobby météorologique ? A quelle logique ? Tout cela est très flou… ces fronts froids, chauds, mouillés de toute façon, ça ne mérite pas un indice de confiance supérieur à un sur cinq.

     Comment faut-il te le demander gentiment et poliment, comment faut-il te le dire ? En portugais, évidemment. Pas de chance, notre premier ministre parle espagnol et catalan. Notre président est mono glotte et attire la pluie… Alors je me lance. Après tout, tu fais partie de l’Union Européenne et, à ce titre, tu devrais défendre nos intérêts, notre santé, notre bonne humeur légendaire...

     En planant au-dessus de ton archipel de la Macaronésie qui ne compte que 250 000 habitants, touristes compris, tu privilégies cette région ultrapériphérique en privant notre hexagone de tes effets bienfaiteurs. Faisons un marché : tu viens quinze jours en vacances chez nous, tous frais payés, accès au bar illimité, voyages gratuits sur les TER élargis, nourri, logé, blanchi, récital de Charles Aznavour et montée des marches à Cannes avec Juliette Binoche, Sophia Loren et même Louis Bodin tenant un parapluie à Evelyne Dhéliat. Tu t’installes de façon à visiter en long, en large et en travers notre beau pays de France. Tu seras reçu comme une star, tout le monde va parler de toi, plusieurs fois par jour, à la télé, sur les radios, dans les journaux, chacun faisant croire que c’est grâce à lui si tu es là.

     On te laisse ensuite repartir pour une petite semaine, retrouver les insulaires perdus au milieu de l’Atlantique, histoire de leur montrer que tu ne les oublies pas complètement. Puis tu reviens à nouveau pour une nouvelle quinzaine, par exemple celle de Roland Garros. Ça évitera de décaler les matches et ça permettra de vendre davantage de glaces, de borsalinos et autres canotiers. Tout cela est très largement à ta portée. Ce n’est pas comme si on te demandait l’impossible ou la lune. Ou de t’étaler très largement sur la totalité de l’Europe. Non, il ne faut pas trop de soleil à nos amis britanniques. Ils perdraient tous leurs repères et attraperaient des coups de soleil ravageurs sur leur pâle et pink skin.

     Le grand Jacques disait : « quand on veut, on peut ». Viens donc faire peuter ta grosse patate et te faire caresser tes courbes isobariques à 1035, 1040 ! Pas en dessous de 1020 en tout cas : ça ferait hautes pressions au rabais. C’est comme si on se contentait d’une Kro alors qu’une Leffe nous tendrait sa mousse.

     J’espère que tu prendras le temps, entre deux flâneries sur les isobares de Flores et Santa Maria, de demander à ton œil de lire mon courrier, même si ce n’est qu’en coup de vent. Merci d'avance et à bientôt ! Arrive !!!!

     Sinon j’appelle l’anticyclone des Bermudes…